Samsung
1938
D'une épicerie de nouilles au géant des puces.
Les débuts
En 1938, dans la ville de Daegu, en Corée alors sous occupation japonaise, un jeune entrepreneur nommé Lee Byung-chul ouvre un modeste commerce. Baptisée Samsung — un nom qui signifie « trois étoiles » en coréen —, l'affaire est au départ une entreprise de négoce qui exporte des produits locaux : poisson séché, légumes, fruits, et surtout des nouilles et de la farine. Rien ne laisse alors présager l'un des plus grands conglomérats technologiques du monde.
Les débuts sont marqués par le chaos de l'histoire coréenne : l'occupation, puis la guerre de Corée au début des années 1950, qui ravage le pays et détruit une partie des activités de Lee. À chaque épreuve, l'homme reconstruit et diversifie. Dans l'après-guerre, Samsung se développe dans le sucre, le textile, puis l'assurance et le commerce, profitant de la reconstruction et des politiques favorables aux grands groupes familiaux, les chaebols.
Ce n'est qu'à la fin des années 1960 que Lee prend la décision qui changera la destinée du groupe : entrer dans l'électronique. À une époque où la Corée du Sud est encore un pays pauvre et essentiellement agricole, ce choix relève de la vision pure. Samsung Electronics naît à la fin de cette décennie et commence par assembler des produits relativement simples, téléviseurs et appareils ménagers, souvent sous licence de partenaires japonais.
Lee Byung-chul est un bâtisseur méthodique, obsédé par le long terme et par la formation d'une élite industrielle. Il inculque à son groupe une culture de la discipline et de l'ambition nationale, persuadé que la Corée peut, à force de travail et d'investissement, rattraper puis dépasser les puissances qui la dominent.
Le tournant
Le tournant décisif se joue dans les semi-conducteurs. Dans les années 1970 et 1980, alors que Samsung n'est encore qu'un fabricant de produits électroniques relativement basiques, la direction fait un pari colossal et risqué : investir massivement dans la production de puces mémoire, un domaine dominé par les Américains et les Japonais. Beaucoup jugent l'ambition démesurée pour une entreprise coréenne. La légende retient la détermination de la famille fondatrice à réussir dans ce secteur, coûte que coûte.
Ce pari fonctionne grâce à une stratégie assumée : investir à contre-cycle. Quand les prix des puces s'effondrent et que les concurrents réduisent la voilure, Samsung continue d'investir dans des usines de pointe, misant sur le fait que la demande finira par exploser. Le groupe accepte des pertes à court terme pour prendre l'avantage industriel à long terme. Cette audace lui permet peu à peu de dépasser ses rivaux et de devenir un leader mondial des mémoires.
Dans les années 1990, le président Lee Kun-hee, fils du fondateur, imprime une nouvelle culture de l'excellence avec sa célèbre exhortation à tout changer sauf sa famille, poussant l'obsession de la qualité et du design. Samsung se hisse alors au sommet, des mémoires aux écrans, puis aux smartphones.
L'héritage
Samsung est aujourd'hui l'un des plus grands groupes technologiques du monde, numéro un ou deux mondial sur les puces mémoire, les écrans et les smartphones, et un pilier de l'économie sud-coréenne dont il représente une part considérable des exportations. De l'épicerie de nouilles de Daegu au fabricant de semi-conducteurs de pointe, la trajectoire incarne à elle seule le « miracle coréen ».
Au-delà des chiffres, Samsung a montré qu'un pays et une entreprise partis de très bas pouvaient, en une poignée de décennies, prendre la tête d'industries parmi les plus exigeantes de la planète. L'héritage de Lee Byung-chul est celui d'une diversification incessante et d'une foi dans l'investissement de long terme, y compris lorsque tout le monde recule.
La leçon : Investissez lorsque les autres se retirent — l'avantage industriel décisif se construit à contre-courant, dans les creux de cycle.