Microsoft
1975
Le deal avec IBM qui a construit un empire.
Les débuts
Microsoft est fondée en 1975 par deux amis d'enfance passionnés d'informatique, Bill Gates et Paul Allen. L'étincelle vient d'une couverture de magazine présentant l'Altair 8800, l'un des premiers micro-ordinateurs en kit. Les deux jeunes hommes comprennent aussitôt que ces machines auront besoin de logiciels, et proposent au fabricant une version du langage de programmation BASIC adaptée à l'Altair — qu'ils écrivent avant même d'avoir accès à la machine.
Le pari fonctionne, et Gates, qui abandonne ses études à Harvard, fonde avec Allen la société d'abord orthographiée « Micro-Soft », contraction de microcomputer et software. L'entreprise s'installe d'abord à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, près du fabricant de l'Altair, avant de déménager plus tard dans la région de Seattle, berceau de Gates. Leur conviction fondatrice est radicale pour l'époque : la valeur ne sera pas dans le matériel, mais dans le logiciel.
Pendant ses premières années, Microsoft vit de la vente de langages de programmation à divers fabricants de micro-ordinateurs. C'est un travail de fourmi, dans un secteur encore minuscule et méconnu du grand public, mais il place l'entreprise au bon endroit, au contact des industriels qui construisent la micro-informatique naissante. Gates y forge très tôt une conviction qui le distingue : le logiciel a une valeur propre et doit être payé, position qu'il défend publiquement dès 1976 dans une lettre restée célèbre aux amateurs qui copiaient son BASIC.
Le tournant
Le tournant qui change tout survient en 1980, quand le géant IBM décide de se lancer dans l'ordinateur personnel et cherche un système d'exploitation. IBM se tourne vers Microsoft. Or Microsoft n'a pas de système d'exploitation à proposer. Gates et son équipe en acquièrent alors un existant, l'adaptent et le livrent à IBM sous le nom de MS-DOS.
Le vrai coup de génie n'est pas technique, mais contractuel. Microsoft négocie de conserver le droit de vendre son système à d'autres fabricants, plutôt que de le céder exclusivement à IBM. Quand une nuée de constructeurs se mettent à produire des ordinateurs compatibles avec le PC d'IBM, ils ont tous besoin de MS-DOS. Microsoft encaisse sur chaque machine vendue, sans en fabriquer aucune.
Cette position dominante sur le système d'exploitation devient une rente formidable, que Microsoft prolonge avec Windows, dont l'interface graphique, lancée en 1985 et véritablement popularisée avec Windows 3.0 puis Windows 95, s'impose sur l'écrasante majorité des ordinateurs personnels du monde. L'entreprise verrouille ensuite la productivité de bureau avec la suite Office — Word, Excel, PowerPoint — devenue le standard universel des entreprises. Pendant des décennies, il devient presque impossible de travailler sur un ordinateur sans passer par un logiciel Microsoft, ce qui vaudra d'ailleurs à la firme de retentissants procès antitrust.
L'héritage
Microsoft a mis un ordinateur sur pratiquement tous les bureaux de la planète et a fait de Bill Gates l'une des plus grandes fortunes du monde. En imposant des standards logiciels universels, l'entreprise a rendu l'informatique compatible et accessible aux entreprises comme aux particuliers, accélérant l'informatisation de la société tout entière.
Après une période où on la disait dépassée par internet et le mobile, ayant raté le virage du smartphone, Microsoft s'est réinventée sous la direction de Satya Nadella à partir de 2014, en misant sur le cloud avec Azure, sur les abonnements logiciels et par le rachat de sociétés comme LinkedIn et le studio de développement GitHub. Elle est ainsi redevenue l'une des entreprises les plus valorisées au monde et un acteur central de l'intelligence artificielle. De deux amis vendant un langage pour un ordinateur en kit, elle est devenue un pilier durable de l'ère numérique, présent dans les entreprises comme dans les foyers.
La leçon : Parfois la meilleure décision n'est pas le produit lui-même, mais les termes du contrat qui vous permettent d'en tirer parti à l'infini.