GoPro
2002
Financée par des colliers de coquillages, pour filmer l'infilmable.
Les débuts
L'histoire de GoPro commence par une frustration très concrète. En 2002, un jeune surfeur californien nommé Nick Woodman part plusieurs mois surfer en Australie et en Indonésie, après l'échec de sa première start-up, un site de jeux en ligne effondré avec l'éclatement de la bulle internet. Sur les vagues, il veut des photos de lui-même en action, mais aucun matériel abordable ne permet de fixer un appareil au poignet et de capturer l'instant de l'intérieur.
De retour, il bricole les premiers prototypes de sangles et de boîtiers dans sa chambre, chez ses parents. Pour financer l'aventure, Woodman vend des ceintures et des colliers de coquillages qu'il rapporte d'Asie, mêlant cette débrouille au soutien de sa famille. Le premier produit, en 2004, n'est même pas un appareil numérique : c'est la Hero 35 mm, un appareil argentique livré avec la fameuse sangle de poignet, vendu surtout aux surfeurs.
Woodman comprend vite que le vrai produit n'est pas l'appareil, mais l'accessoire : la fixation qui permet de filmer là où personne ne filmait, sur un poignet, un casque ou une planche. Il fait fabriquer ses caméras en Chine, dessine lui-même les boîtiers et les sangles, et vend d'abord de stand en stand, sur des salons de sports d'action et de plein air, au contact direct de sa clientèle de passionnés. La croissance est d'abord artisanale, réinvestie dollar après dollar, sans le moindre capital-risqueur.
Le tournant
Le basculement, c'est le passage à la vidéo numérique haute définition et l'explosion de YouTube. Quand GoPro sort des caméras compactes, robustes, étanches et capables de filmer en HD dans un boîtier de la taille d'une boîte d'allumettes, elle rencontre exactement le moment où le monde se met à filmer et à partager des vidéos en ligne. Les images de descentes à ski, de plongées, de sauts en parachute et de vagues, filmées à la première personne avec un point de vue impossible à obtenir autrement, deviennent virales — et chaque vidéo partagée est une publicité gratuite pour la marque, souvent avec le logo bien visible.
GoPro fait alors quelque chose de rare : elle transforme ses clients en service marketing. La marque met en avant les images tournées par les utilisateurs, sponsorise des athlètes de sports extrêmes, et associe son nom à l'adrénaline. La caméra devient synonyme d'un genre entièrement nouveau : la vidéo immersive d'action, accessible à tous.
Le succès culmine avec l'entrée en Bourse de GoPro en 2014, qui fait brièvement de Nick Woodman l'un des grands gagnants de la Silicon Valley. La petite sangle de surf est devenue un phénomène mondial et un mot passé dans le langage courant.
L'héritage
GoPro a créé et défini une catégorie entière de produits, la caméra d'action, et a durablement changé la manière dont le sport, le voyage et l'aventure sont filmés. Des images qui exigeaient autrefois des équipes et du matériel professionnel sont devenues à la portée de n'importe quel amateur, ce qui a nourri des pans entiers de YouTube et des réseaux sociaux.
L'entreprise a connu ensuite des années difficiles, la concurrence des smartphones toujours plus performants et des drones venant rogner son marché, et ses tentatives de diversification, comme les drones maison, se sont soldées par des échecs coûteux. Mais son empreinte culturelle demeure : GoPro a démocratisé le point de vue subjectif et immersif, transformé des amateurs en réalisateurs, et prouvé qu'un accessoire bien pensé pouvait engendrer toute une industrie et un verbe passé dans le langage des sportifs.
La leçon : Vendez l'expérience que permet votre produit, pas le produit — les gens n'achetaient pas une caméra, ils achetaient la possibilité de revivre et de partager leurs meilleurs moments.