1998
Un algorithme de thèse devenu le moteur du web.
Les débuts
Google naît d'une thèse de doctorat. À l'université Stanford, au milieu des années 1990, deux étudiants, Larry Page et Sergey Brin, s'attaquent à un problème brûlant : le web grossit trop vite, et les moteurs de recherche de l'époque renvoient des résultats médiocres. Leur intuition est brillante : plutôt que de compter les mots d'une page, mesurer son importance par le nombre et la qualité des liens qui pointent vers elle, un peu comme des citations académiques.
Cet algorithme, baptisé PageRank, donne des résultats spectaculairement meilleurs. Leur projet de recherche, d'abord surnommé BackRub, devient Google, déformation du mot « googol » qui désigne le chiffre 1 suivi de cent zéros — une allusion à l'immensité de l'information à organiser. Le moteur tourne d'abord sur les serveurs de Stanford.
L'entreprise Google est officiellement fondée en 1998, après un premier chèque de cent mille dollars signé par Andy Bechtolsheim, cofondateur de Sun Microsystems, avant même que la société existe légalement. Elle s'installe au départ dans un garage loué à Menlo Park, en Californie, chez Susan Wojcicki, future dirigeante de YouTube. Page et Brin, réticents à quitter leurs études doctorales, avaient d'abord tenté de vendre leur technologie à des moteurs de recherche existants, sans trouver preneur au prix qu'ils espéraient. Ce refus les pousse, presque à contrecœur, à bâtir leur propre société.
Le tournant
Le meilleur moteur du monde ne valait rien sans modèle économique. Le tournant décisif est la publicité : Google met au point un système, baptisé plus tard AdWords, où les annonceurs achètent des mots-clés et n'apparaissent que sous forme de liens textuels discrets, associés aux recherches pertinentes, en payant au clic.
Ce modèle est génial parce qu'il aligne tout le monde : les publicités, ciblées sur l'intention de recherche, sont utiles à l'internaute au lieu de le gêner ; les annonceurs, petits ou grands, ne paient que pour des clics réels et enchérissent eux-mêmes sur les mots-clés ; et Google encaisse une somme minime des milliards de fois par jour. Perfectionné par un système d'enchères automatisées inspiré des travaux d'économistes, ce mécanisme transforme la recherche en l'une des machines à cash les plus efficaces jamais conçues. La recherche, elle, restait gratuite et excellente, financée par une publicité qui ne dégradait pas l'expérience.
Avec cette manne, Google se diversifie sans relâche. Il rachète en 2006 la plateforme vidéo YouTube, développe le service de cartographie Maps, la messagerie Gmail, et surtout, en 2005, acquiert une petite entreprise nommée Android, dont le système d'exploitation mobile équipera plus tard la grande majorité des smartphones de la planète. Chaque nouveau service élargit son emprise sur la vie numérique.
L'héritage
Google est devenu si central que son nom est passé dans le langage courant comme verbe : « googler » signifie chercher. Le moteur traite chaque jour des milliards de requêtes et façonne la manière dont l'humanité accède à l'information. Réorganisé en 2015 sous une maison mère baptisée Alphabet, le groupe est l'un des plus puissants au monde.
Son héritage dépasse la recherche : Android, qui équipe la grande majorité des smartphones du monde, YouTube, première plateforme vidéo de la planète, Maps, Gmail ou son navigateur Chrome sont devenus des infrastructures du quotidien pour des milliards de personnes. Google a démocratisé l'accès au savoir tout en devenant l'un des gardiens de l'économie de l'attention et un investisseur majeur de l'intelligence artificielle, avec toutes les questions de pouvoir, de concurrence et de vie privée que cela soulève, jusqu'à des procès antitrust retentissants.
La leçon : Un produit supérieur ne suffit pas ; c'est le modèle économique qui le rend gratuit et universel qui transforme une bonne idée en empire.