2004
D'une chambre d'étudiant à trois milliards d'utilisateurs.
Les débuts
Facebook naît en février 2004 dans une chambre d'étudiant de l'université Harvard. Mark Zuckerberg, alors en deuxième année, code un site baptisé TheFacebook, un annuaire social réservé d'abord aux étudiants de l'université, où chacun crée un profil et se connecte à ses camarades. Il s'appuie sur quelques colocataires et amis, dont Eduardo Saverin pour le financement initial, ainsi que Dustin Moskovitz et Chris Hughes.
Le succès sur le campus est immédiat et fulgurant. En quelques semaines, une grande partie des étudiants de Harvard s'y inscrivent. Zuckerberg ouvre alors le service à d'autres universités américaines prestigieuses, puis à d'autres établissements, en gardant longtemps le principe d'un réseau réservé, ce qui entretient la désirabilité et la confiance entre membres identifiés par leur véritable identité.
L'aventure se déplace à l'été 2004 vers la Silicon Valley, à Palo Alto, où Zuckerberg loue une maison avec son équipe et abandonne finalement ses études à Harvard. Le premier grand soutien financier vient de Peter Thiel, cofondateur de PayPal, qui investit un demi-million de dollars dans la jeune entreprise et entre au conseil. Les origines de Facebook seront aussi marquées par des litiges célèbres sur la paternité de l'idée, notamment avec les jumeaux Winklevoss et avec le cofondateur Eduardo Saverin, dilué au fil des tours de financement. Mais le produit, lui, s'impose à une vitesse inédite, atteignant le million d'utilisateurs dès sa première année.
Le tournant
Le vrai tournant est l'ouverture à tous. En 2006, Facebook cesse d'être réservé aux étudiants et s'ouvre à toute personne majeure disposant d'une adresse e-mail. La même période voit apparaître le fil d'actualité, le News Feed, qui agrège en un flux unique l'activité de tous ses contacts. D'abord contesté par les utilisateurs, il devient le cœur addictif du produit et le modèle que copieront tous les réseaux sociaux.
Facebook ouvre aussi sa plateforme aux développeurs et bâtit une régie publicitaire d'une précision inédite, capable de cibler les annonces selon les centres d'intérêt déclarés par les membres eux-mêmes. Cette combinaison — audience massive et ciblage fin — fait de la publicité sur Facebook une machine à revenus colossale.
L'autre décision stratégique majeure est la boulimie d'acquisitions. Facebook rachète le service de partage de photos Instagram en 2012, puis la messagerie WhatsApp en 2014, pour des sommes qui paraissent alors démesurées. Ces rachats, d'abord moqués, se révèlent visionnaires : ils verrouillent l'attention des utilisateurs, notamment des plus jeunes, et neutralisent des concurrents potentiels.
L'héritage
Facebook, rebaptisé au niveau du groupe Meta en 2021, est devenu l'un des ensembles les plus utilisés de l'histoire, réunissant à travers ses différentes applications autour de trois milliards d'utilisateurs. Il a transformé la façon dont l'humanité communique, s'informe, organise des événements et entretient ses liens, franchissant frontières et générations.
Cet héritage est profondément ambivalent. Facebook a connecté le monde à une échelle inédite, permis à des communautés dispersées de se retrouver et à des mouvements de s'organiser, mais est aussi devenu le centre d'intenses controverses sur la vie privée, la désinformation, la santé mentale des adolescents et le pouvoir démesuré des plateformes, jusqu'à des auditions devant le Congrès américain. Le pari suivant de Zuckerberg, le rebaptisage en Meta et l'investissement massif dans le métavers, illustre sa volonté constante de ne pas se laisser dépasser par la vague technologique suivante. D'une chambre d'étudiant, il a bâti à la fois un outil de lien planétaire et l'un des débats de société les plus vifs de notre époque.
La leçon : Commencer petit et fermé, sur une communauté précise qui vous adore, peut être le meilleur tremplin pour conquérir ensuite le monde entier.