Alibaba
1999
Refusé partout, Jack Ma a bâti un géant depuis son appartement.
Les débuts
Avant de bâtir un empire, Jack Ma — de son vrai nom Ma Yun — collectionne les refus. Né à Hangzhou dans une famille modeste, ce petit homme frêle échoue plusieurs fois à ses examens, se voit recalé d'innombrables emplois et essuie, raconte-t-il, un refus jusque dans un poste subalterne d'un fast-food qui embauche presque tous les candidats. Il devient professeur d'anglais, apprenant la langue en guidant gratuitement des touristes.
C'est lors d'un voyage aux États-Unis, au milieu des années 1990, que Ma découvre internet. Il tape le mot « bière » dans un moteur de recherche, s'étonne de ne trouver aucun résultat chinois, et comprend qu'un continent entier est absent du web. De retour en Chine, il lance une première tentative, China Pages, une sorte d'annuaire d'entreprises en ligne, qui ne perce pas mais lui apprend le métier.
En 1999, Ma réunit dans son appartement de Hangzhou une petite troupe d'une dizaine de fidèles — souvent citée autour de dix-sept ou dix-huit cofondateurs. Il leur expose sa vision d'une place de marché reliant les fabricants chinois aux acheteurs du monde entier et récolte quelques dizaines de milliers de dollars. Ainsi naît Alibaba, plateforme de commerce entre entreprises, portée par la conviction que le petit commerçant chinois pouvait vendre à la planète.
Le tournant
Le premier tournant est financier. Alors qu'Alibaba manque de capitaux, Ma parvient à convaincre le patron japonais de SoftBank, Masayoshi Son, lors d'une rencontre restée célèbre par sa brièveté. Son investit une somme importante — souvent évoquée autour de 20 millions de dollars (investissement de SoftBank réalisé en 2000) — misant moins sur un plan d'affaires que sur l'énergie et la vision du fondateur. Ce financement donne à Alibaba les moyens de ses ambitions.
Le second tournant est stratégique. Au début des années 2000, le géant américain eBay entre en Chine et paraît imbattable. Ma riposte en 2003 avec Taobao, une plateforme entre particuliers, gratuite pour les vendeurs là où eBay facture des commissions. Il l'adapte finement aux usages locaux, notamment avec Alipay, un système de paiement sécurisé qui met l'argent en attente jusqu'à la réception du produit, créant la confiance qui manquait au commerce en ligne chinois.
La stratégie fonctionne au-delà de toute espérance. eBay, incapable de rivaliser avec la gratuité et l'ancrage local de Taobao, finit par se retirer de Chine. Alibaba règne désormais sur le commerce électronique du pays le plus peuplé du monde, à un moment où des centaines de millions de Chinois se connectent pour la première fois.
L'héritage
En 2014, Alibaba entre à la Bourse de New York pour ce qui constitue alors la plus importante introduction de l'histoire, levant autour de 25 milliards de dollars. Quelques années plus tôt, le groupe américain Yahoo avait déjà misé gros sur l'entreprise, prise de participation qui rapportera des sommes considérables. Le professeur d'anglais recalé partout est devenu l'un des hommes les plus riches et les plus influents d'Asie, symbole de l'entrepreneuriat chinois moderne.
Au-delà du commerce, Alibaba a bâti un écosystème tentaculaire — paiement avec Alipay, logistique, informatique en nuage, divertissement — qui a contribué à faire entrer des centaines de millions de personnes dans l'économie numérique. Sa journée de promotions du 11 novembre, le « Singles' Day », est devenue le plus grand événement commercial de la planète, brassant chaque année des dizaines de milliards de dollars en une seule journée. De l'appartement de Hangzhou à l'un des plus grands groupes du monde, la trajectoire de Jack Ma est devenue une légende entrepreneuriale à part entière.
La leçon : Les refus accumulés ne mesurent pas votre valeur ; ils forgent la ténacité qui, un jour, fera la différence.